Construire la forme dès le départ
Introduction — Mise en contexte
Ce huitième défi m’a amenée à travailler des formes plus élancées, mais aussi plus exigeantes. L’objectif n’était pas simplement d’augmenter la hauteur, mais de maintenir une présence claire dans la forme, sans que la silhouette devienne molle ou fragile.
Ce travail s’est déroulé dans des conditions un peu particulières. J’utilisais de l’argile recyclée encore imparfaitement homogène . Ces irrégularités ont forcé une attention constante, et certaines pièces ont demandé des décisions inattendues.
L’une d’elles a dû être coupée au niveau du col après la rencontre d’un fragment dur. Ce geste, un peu brutal, m’a rappelé que toutes les pièces ne sont pas destinées à survivre — mais qu’elles participent toutes à l’apprentissage.
La terre se recycle. L’expérience, elle, reste.
L’intention du défi
Avec ce défi, je cherchais à comprendre comment construire une forme élancée tout en maintenant un sentiment d’ancrage. Je voulais travailler la relation entre trois zones essentielles :
- le pied, comme point d’appui
- la bédaine, comme centre de présence
- le col, comme direction vers le haut
Plutôt que de penser ces parties séparément, j’essayais de les relier entre elles par une continuité visuelle — une sorte de trajectoire interne qui guide naturellement le regard.
L’enjeu n’était pas seulement la hauteur, mais la cohérence.
Les difficultés rencontrées
Au fil des pièces, une difficulté est apparue de manière répétée : mes bases demeuraient trop épaisses. En observant mon geste, j’ai compris que je resserrais la forme trop tard dans le processus. La paroi s’ouvrait légèrement pendant les montées, puis je tentais de corriger ensuite. Ce resserrement tardif ramenait de la masse vers le bas, créant des bases lourdes qu’il fallait ensuite alléger au tournassage.
Ce constat a marqué un moment important. Il ne s’agissait pas d’un manque de contrôle, mais d’une question de timing. La forme devait commencer plus tôt que je ne le pensais — dès les premières montées. Cette prise de conscience m’a amenée à envisager un retour temporaire à des quantités de terre plus modestes, autour de 1.5 lb, afin d’explorer des bases plus serrées sans crainte d’effondrement.
Les ajustements en cours de travail
Certaines pièces ont exigé des décisions formelles inattendues. Dans un cas, un col devenu trop dominant a été compensé par un resserrement du pied, afin de recréer une continuité entre les masses. Dans un autre, une pièce a dû être interrompue après la découverte d’un fragment dur dans la paroi.
Ces situations m’ont rappelé qu’une forme n’est jamais figée. Elle se construit par ajustements successifs, parfois subtils, parfois plus radicaux. Petit à petit, j’ai commencé à sentir davantage la logique interne des formes : non pas les corriger après coup, mais les guider dès le départ.
Ce que ce défi m’apprend
Plus que la hauteur elle-même, ce défi m’apprend la retenue.
Apprendre à contenir la forme dès le début.
Apprendre à décider plus tôt.
Apprendre à laisser la masse là où elle est nécessaire — et seulement là.
Je comprends mieux que la verticalité n’est pas seulement une question d’élévation, mais d’équilibre entre les tensions. Certaines pièces ont été perdues en cours de route. D’autres ont résisté. Toutes ont contribué à affiner mon regard. Et peut-être que le cœur de ce travail réside là : apprendre à voir avant même de vouloir réussir.
Pour la suite
La prochaine étape sera de poursuivre ces explorations avec une argile parfaitement homogène, afin d’observer comment ces ajustements se traduisent lorsque le matériau coopère davantage.
Je souhaite continuer à travailler des bases plus serrées, et observer comment la masse circule lorsque le resserrement se fait plus tôt dans le processus.
Le défi se poursuit, pièce après pièce — avec patience, et avec attention.



