Premiers pas d’une série de perfectionnement
Récemment, j’ai amorcé une série de défis de tournage conçus pour approfondir ma compréhension des formes et affiner mon regard.
Ces exercices ne sont pas improvisés : ils suivent une structure précise, avec des contraintes claires, qui m’obligent à sortir de mes habitudes et à explorer autrement la silhouette d’un vase..
Le premier défi de cette série portait un nom évocateur : le vase suspendu.
L’intention du défi
L’objectif était de créer un vase dont la masse semble flotter au-dessus du pied.
Un équilibre visuel délicat, où la plus grande largeur se situe au-dessus du centre, laissant au pied un rôle discret.
Sur papier, cela semble simple.
Au tour, c’est une autre histoire.
Ce défi demandait de tourner une à trois pièces, avec une panse haute et un pied plus étroit que d’habitude, tout en conservant un col relativement calme. Une contrainte simple en apparence, mais qui transforme complètement la manière d’aborder la forme.
Une question de regard
En tournant ces pièces, j’ai rapidement compris que ce défi n’était pas seulement technique. Il s’agissait surtout d’apprendre à regarder autrement.
Habituellement, on cherche la stabilité. On veut que la pièce soit solide, rassurante. Ici, il fallait accepter une certaine tension visuelle — donner l’impression que la masse monte plus haut que ce qui semble confortable.
Cette sensation d’équilibre fragile est précisément ce qui donne vie à la forme.
Certaines pièces se sont rapprochées de l’intention. D’autres sont restées plus sages, plus stables, presque trop raisonnables. Et c’est là que l’apprentissage s’est révélé le plus intéressant : comprendre que ce qui semble sécuritaire n’est pas toujours ce qui est visuellement le plus fort.
Ce que j’ai trouvé difficile
La partie la plus déstabilisante pour moi a été la tension au niveau du pied.
Réduire cette base, la rendre plus discrète que d’habitude, me sortait clairement de ma zone de confort. J’ai l’habitude de chercher une certaine stabilité visuelle, une base rassurante. Ici, il fallait accepter une sensation presque fragile, comme si la pièce reposait sur moins que ce que j’aurais spontanément choisi.
Mais il y avait une autre difficulté, plus subtile : la contrainte elle-même.
Je tourne souvent au gré du moment, en laissant l’inspiration guider la forme. Ce défi m’imposait un cadre précis, une intention définie à l’avance. Ne pas improviser, ne pas ajuster selon l’humeur du moment — c’était une discipline nouvelle, et parfois un peu inconfortable.
Là où j’ai triché… un peu
Même si l’une des variantes suggérait de laisser la forme parler seule, sans décoration, mes vases portent quand même des gravures.
Avec le recul, je réalise que le décor peut parfois adoucir une forme ou détourner légèrement l’attention. Refaire ce défi aujourd’hui, sans gravure, serait probablement une expérience très différente — et sans doute plus exigeante encore.
Mais ces premières pièces racontent malgré tout quelque chose d’important :
le moment où j’ai commencé à déplacer la masse vers le haut, et à accepter que la stabilité visuelle puisse être remise en question.
Laisser parler la forme
Même lorsque le décor est présent — et il l’est souvent dans mon travail — la forme demeure la base de tout. Si la silhouette ne tient pas, aucun motif ne peut vraiment la sauver.
Ce premier défi m’a rappelé une chose essentielle :
un vase n’est pas seulement un objet, c’est une ligne dans l’espace.
Et cette ligne doit être assumée.
Une démarche qui se construit
Ce défi marque le début d’un parcours volontairement exigeant.
Chaque exercice apportera son lot de découvertes, parfois subtiles, parfois très concrètes.
Ce n’est pas une quête de perfection immédiate, mais une construction patiente — pièce après pièce — d’un langage de formes plus conscient.
Avec le recul, ces premiers vases issus d’un défi témoignent d’un moment précis dans ce cheminement : celui où l’on commence à comprendre que déplacer une simple courbe peut changer toute la perception d’une pièce.
Et ce n’est que le début.


